Les bibliothèques face au numérique ou les bibliothèques avec le numerique ?

Cite du livre, Aix-en-Provence le 30/11/09

« Après la catastrophe du livre et la catastrophe des livres, la catastrophe de l’ordinateur ». C’est sur cette citation de Robert Damien que Gilles Eboli a introduit sa réflexion sur le lien, souvent conflictuel, entre bibliothèque et numérique. Souvent pensé comme une fatalité malheureuse par les professionnels, quelle est aujourd’hui la place du numérique dans nos structures de lecture publique ? Souvent diabolisé, rejeté, il semble aujourd’hui primordial pour la profession de s’approprier les outils numériques sans catastrophisme ni euphorie.

Pour débuter cette première journée de conférence, Mr Eboli nous a exposé les trois temps qui marquent selon lui l’histoire tumultueuse du numérique et de la bibliothèque .

Le premier mouvement est celui de l’informatisation. L’arrivé du SIGB dans les années 70 facilite le prêt retour, le traitement du catalogue et les acquisitions. La gestion quotidienne de nos bibliothèques est facilitée.

Le  deuxième mouvement est plus problématique. La majorité des bibliothèques n’ont pas su s’approprier et concevoir correctement la révolution numérique en cours. Internet fait son irruption dans les bibliothèques mais reste pensé, pour la majorité des professionnels, comme un support de plus, au même titre que les CD, les DVD. Voila là où fut l’erreur pour nos bibliothèques publiques, penser le numérique en simple terme de support. Internet est une bibliothèque à part entière, avec ses services et ses collections, ses espaces d’échanges, de partages.

C’est parce qu’elle n’a pas su évaluer le changement de paradigme qui eut lieu avec l’explosion du numérique que la bibliothèque à perdu sa place au cœur de la cité. L’enquête du Credoc montre bien qu’elle n’est plus la première ressource en terme d’accès à l’information pour une majorité des français. Face à ce retard indéniable de la bibliothèque dans le domaine du numérique le troisième mouvement que relève G. Eboli est celui de la recherche du temps perdu. C’est la course au 2.0. La course à la numérisation forcenée, pas toujours pertinente. Comme le notait D Lahary lors d’une journée ABF PACA : « Toutes les bibliothèques n’ont pas vocation à numériser. »

Après ce panorama des 3 ages du numérique les questions du prêt, des sites, des services et de la documentation électronique ont été abordées. La question des signets et de leur réelle pertinence au sein des portails semble être une question d’actualité. Revenant dans le discours de nombreux intervenants, il semble intéressant aujourd’hui de réfléchir en terme de mutualisation pour ces services qui demandent beaucoup de temps et une forte maintenance.

La question des services à distance a été posés. Les portails de nos bibliothèques servent-ils juste à donner accès à des documents numérisés ? Bien sur que non, nos portails sont aujourd’hui des outils de communication et de programmation. Le catalogue, traditionnellement centre des usages est devenu un service comme un autre à l’intérieur du portail, symbole d’un certain déplacement du son rôle , autant outil documentaire qu’outil promotionnel. Mr Eboli a finit cette partie de son exposé sur la question de la documentation électronique et son budget d’acquisition très élevé pour les bibliothèques. On notera d’autre part que ces documents posent la question de la conservation des fichiers. Dans le cadre juridique et économique actuel la bibliothèque n’est pas propriétaire des documents électroniques qu’elle acquière et cela reste un très gros problème pour nos structures.

Numériser pour quoi ? Pour conserver, pour diffuser. Voila semble t-il les deux faces d’une même pièce.

Alors numériser pour conserver et diffuser, d’accord mais numériser quoi et surtout comment ? Numériser une collection ne suffit pas. Il est indispensable d’organiser ces collections, de créer des métadonnées, de les contextualiser. On note aujourd’hui que sur toutes les collections numérisées 1/4 seulement sont disponible en ligne. Le principe de la numérisation n’est-il pas d’offrir un accès facilité au collection dans cette idée de diffusion de la culture héritière des Lumières ? Dans ce cas il semble aberrant de numériser si ce n’est pas pour offrir ces documents au public.

D’autre part, la question de la conservation de ces données numérique se pose de plus en plus. Où conserver, comment garder une trace de tout ce qui se passe sur le web ? Voila une question qui reste en suspend.

DADVSI et HADOPI, sont toutes deux intrinsèquement liées à la question du numérique en bibliothèque.

D’après Mr Eboli il est aujourd’hui plus qu’urgent de mettre en place une loi sur les bibliothèques en France . Elle permettrait de définir un cadre juridique plus souple pour nos structures. Il est nécessaire aujourd’hui de militer pour un accès libre à internet ainsi qu’une redéfinition du cadre d’acquisition des documents numériques. « Digital is not different ».

Pour conclure son intervention, G. Ebolli a abordé les impactes du numérique sur les pratiques de lecture et d’appropriation de la bibliothèque. Avec le numérique nous passons d’une logique close, celle du livre, à une logique du flux, celle d’Internet. Une nouvelle économie voit le jour, dans laquelle il est important de créer de la rareté. Il faut modéliser les comportements dans cette profusion documentaire.

En conclusion, Mr Eboli a redéfinit le socle des valeurs de la bibliothèque publique. Ce vers quoi elle tend. Il faut la penser comme un lieu citoyen, où la culture se discute, se partage. Elle devrait être un lieu d’accès gratuit au savoir et à la connaissance. Un lieu de fierté citoyenne, de proposition, d’anticipation.

Il est indéniable que les changements de comportements sont souvent difficile à suivre. Pourtant la bibliothèque ne doit pas se replier sur elle même, sous peine de devenir une « réserve d’indien ». Pour que la bibliothèque reste un lieu au cœur de la cité, il faut la penser avec le numérique et surtout la penser avec et pour le public.

Publicités

Étiquettes : , , , ,

2 Réponses to “Les bibliothèques face au numérique ou les bibliothèques avec le numerique ?”

  1. Programme “Les métamorphoses numériques du livre” à la Cité du livre à Aix les 30/11 et 01/12) « Bibliorev's Blog Says:

    […] LIBRAIRES,EDITEURS : LA CHAINE DU LIVRE EN QUESTION Gilles EBOLI : Les bibliothèques face au numérique Au delà des programmes de numérisation de livres, voire de collections entières, les […]

  2. 10 nouveaux biblioblogs par les étudiants de la licence professionnelle option bibliothèques à l’IUT d’Aix-en-Provence « La mémoire de Silence Says:

    […] Gilles EBOLI : Les bibliothèques face au numérique […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :